Privée d'agrément en juin, l'école des JSP d'Hellemmes n'est plus autorisée à former les futurs hommes du feu. Un épilogue aux tenants nébuleux :le SDISaffiche un silence assourdissant...
Comme dans un étouffoir. L'école des Jeunes sapeurs-pompiers (JSP) d'Hellemmes s'est éteinte sans un bruit, en juin. Le secrétariat départemental des JSP venait de lui enlever son agrément. Impossible, sans lui, de former des jeunes aux métiers de l'incendie et du secours. Comment l'école née en 2003, qui revendique plus de 250 ouailles et 17 reçus au brevet de JSP, a pu déchoir si brutalement ?
« On entend 80 % de conneries sur ce sujet », gronde le lieutenant Bruno Lemaire. Le responsable de la structure crève l'abcès. Contre « ceux qui se font un plaisir de massacrer les gens », dit-il. « Des gamins sont pris en otage, je ne veux pas ça. » Le pompier volontaire est amer. « Le bureau départemental n'a pas voulu nous reconnaître car des adultes règlent de vieilles rancoeurs. Quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage. » La fièvre couvait depuis longtemps. L'école était entrée en 2008 dans une zone de turbulences. Des parents sonnaient la révolte contre des entraînements trop expéditifs. « Calomnies, vitupère Bruno Lemaire. On n'a jamais baffé de gamins, on n'a jamais placé de bancs retournés pour les faire monter à la corde. En tant que président, j'avais le droit de dire qu'untel ne pouvait pas passer le brevet. C'est là que des parents ont dit "Je connais des gens, vous allez fermer". » L'école, depuis le début, détonnait. Hors caserne. Un peu à la marge du SDIS. « On ne leur demandait rien, affirme Bruno Lemaire. On avait dix véhicules, la plus grande école du département, trois plateaux pour les manoeuvres au centre Engrand...
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« Il faut vous calmer »
Du passé. Depuis dimanche, l'association est SDF. Le maire d'Hellemmes ne prête plus ses locaux. « Le SDIS et les JSP59 indiquent que l'école n'est plus agréée, note Gilles Pargneaux. Si Bruno avait fourni les justificatifs demandés, on n'en serait pas là. La formation des mineurs, c'est du sérieux. Je ne veux pas me retrouver devant un tribunal parce qu'un enfant a eu un accident. » Des « pièces ».
Des « justificatifs ». L'encadrement de l'école a concentré le feu des critiques. « On m'a reproché que mes animateurs n'étaient pas formés, ressasse Bruno Lemaire. Regardez si les autres écoles ont des encadrants brevetés ! Mes animateurs ont reçu des pressions : "Si vous voulez passer pompier pro, il faut vous calmer". » Le propos est grave. Mais pas assez pour desserrer les lèvres de la hiérarchie des pompiers. Opération patate chaude. Les JSP d'Hellemmes brûlent les doigts. Contacté cette semaine, un parent d'élève d'Hellemmes « passé » à Bouvines consent à un entretien. « J'ai des documents », promet-il mystérieusement. Trois jours plus tard, il se rétracte. « Patrick Liétard, le responsable des JSP59, m'a dit de ne pas parler aux journalistes. » On téléphone au sage M. Liétard, plutôt sur la défensive : « C'est un problème de manque de formateurs et de non-rattachement à un centre de secours. - Mais c'était ainsi depuis 2003, non ? » Hésitation sur la ligne. « Je ne peux pas vous répondre au téléphone, j'ai eu trop de mauvaises surprises. » Inutile de compter sur le SDIS pour démêler l'écheveau. Après moult sollicitations, le service accouche à bon compte d'un abrupt « no comment ». « Le résultat, c'est que trente gamins sont laissés pour compte à cause de querelles de personnes, soupire Patrick Maes, parent et administrateur de l'association destituée. C'est dégoûtant. » À tout le moins frappé au coin d'un silence dont chacun se fera juge.